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4 août 2026 · 4 min de lecture

Rupture conventionnelle proposée pendant un arrêt maladie : est-ce une discrimination ?

La Cour de cassation juge que proposer une rupture conventionnelle pendant un arrêt maladie n'est pas, à soi seul, une discrimination. Décryptage côté salarié.

DM
Maître Dany MARIGNALE
Avocat au barreau de Paris — droit du travail

Vous êtes en arrêt maladie et votre employeur vous propose, une fois, deux fois, de signer une rupture conventionnelle. La démarche est déstabilisante : faut-il y voir une manière déguisée de se séparer de vous à cause de votre santé ? Un arrêt de la Cour de cassation du 17 juin 2026 apporte une réponse nuancée, utile à connaître pour ne pas se tromper de combat. Il précise que cette seule proposition ne suffit pas, à elle seule, à prouver une discrimination — sans pour autant vous priver de vos protections.

Rupture conventionnelle pendant un arrêt maladie : ce que dit la Cour de cassation

L'affaire concernait un salarié placé à plusieurs reprises en arrêt de travail, puis licencié pour « absence prolongée » perturbant l'entreprise. Les juges d'appel avaient annulé son licenciement : pour eux, le fait que l'employeur ait répété des propositions de rupture conventionnelle pendant l'arrêt, avant de licencier, laissait présumer une discrimination liée à l'état de santé.

La Cour de cassation casse cette décision. Elle pose une règle claire : une proposition de rupture conventionnelle formulée pendant un arrêt de travail ne constitue pas, en soi, un élément laissant supposer une discrimination fondée sur la santé. Autrement dit, ce seul fait ne suffit pas à faire basculer le procès en votre faveur.

Pourquoi ? Parce que la loi autorise la conclusion d'une rupture conventionnelle même pendant un arrêt maladie, sauf fraude ou vice du consentement. Proposer une telle rupture relève donc d'une faculté légale : ce comportement, isolé, ne trahit pas à lui seul une intention de vous écarter pour votre état de santé.

Proposer une rupture conventionnelle n'est pas, à soi seul, une discrimination

Il est important de bien lire cet arrêt : la Cour ne dit pas que la proposition est sans valeur ni qu'elle « efface » tout soupçon. Elle dit qu'un fait unique ne suffit pas. La proposition de rupture peut parfaitement figurer parmi un ensemble d'éléments qui, examinés dans leur globalité, dessinent une discrimination.

Ce qui fait la différence, c'est le contexte : la chronologie des événements, des propos tenus par la hiérarchie sur votre santé, un traitement différent de celui d'autres salariés, des relances insistantes coïncidant avec vos arrêts, l'absence de vraie raison au licenciement. Pris ensemble, ces indices peuvent laisser présumer la discrimination. Pris isolément, non.

Cette distinction est protectrice pour vous : elle vous invite à ne pas miser toute votre défense sur un seul fait, mais à rassembler un faisceau d'indices cohérent.

Vos droits restent protégés : le mécanisme de la preuve

En matière de discrimination, la preuve obéit à une règle favorable au salarié, prévue par l'article L. 1134-1 du code du travail. Vous n'avez pas à prouver la discrimination de façon certaine. Il vous suffit de présenter des éléments de fait qui, pris dans leur ensemble, laissent supposer son existence. C'est alors à l'employeur de démontrer que ses décisions reposent sur des raisons objectives, étrangères à toute discrimination.

L'arrêt du 17 juin 2026 ne remet pas en cause ce mécanisme : il le confirme. Il rappelle seulement que le juge doit apprécier les éléments « dans leur ensemble », et qu'un fait isolé ne déclenche pas, à lui seul, ce renversement de la charge de la preuve.

Autre protection à garder en tête : la validité de la rupture conventionnelle suppose un consentement libre. Si vous avez signé sous pression, la convention peut être annulée pour vice du consentement. Attention toutefois : lorsqu'une rupture conventionnelle est annulée en raison d'un vice imputable à l'employeur, elle produit les effets d'une démission — un point technique aux conséquences importantes, qui mérite d'être anticipé.

Ce qu'il faut retenir

  • Proposer une rupture conventionnelle pendant un arrêt maladie est permis par la loi et ne constitue pas, à soi seul, une discrimination.
  • Cette proposition peut néanmoins compter parmi un ensemble d'indices qui, réunis, laissent présumer une discrimination liée à l'état de santé.
  • La charge de la preuve reste aménagée en faveur du salarié : présentez des faits, c'est ensuite à l'employeur de se justifier.
  • Un licenciement jugé discriminatoire est nul : réintégration possible ou indemnisation renforcée, hors barème, avec un plancher de six mois de salaire.

Que faire concrètement ?

Si vous vivez cette situation, quelques réflexes utiles :

  • Ne signez rien dans la précipitation. Une rupture conventionnelle proposée pendant un arrêt n'est valable que si votre consentement est libre : prenez le temps de la réflexion et n'hésitez pas à refuser.
  • Conservez les preuves. Gardez les courriels, SMS, comptes rendus d'entretien et courriers : c'est le faisceau d'indices, et non un fait isolé, qui fera la différence.
  • Notez la chronologie. Reliez les dates de vos arrêts, des propositions de rupture et d'un éventuel licenciement : une coïncidence répétée peut être parlante.
  • Vérifiez le motif du licenciement. Un licenciement pour « absence prolongée » n'est justifié que sous conditions strictes ; il peut être contesté s'il masque une éviction liée à votre santé.
  • Faites-vous accompagner. Avant de signer ou après un licenciement, un avocat en droit du travail peut évaluer vos chances, sécuriser vos démarches et, le cas échéant, saisir le conseil de prud'hommes dans les délais.

Pour aller plus loin, vous pouvez consulter nos articles sur [la rupture conventionnelle et vos droits](/blog/rupture-conventionnelle-droits-salarie) et sur [le licenciement pour absence prolongée](/blog/licenciement-absence-prolongee-maladie).

SOURCES
Cass. soc., 17 juin 2026, n° 25-12.181
Cass. soc., 19 juin 2024, n° 23-10.817

Questions fréquentes

Mon employeur peut-il me proposer une rupture conventionnelle pendant mon arrêt maladie ?
Oui. La loi n'interdit pas de conclure une rupture conventionnelle pendant la suspension du contrat pour maladie. Elle reste toutefois valable à la seule condition que votre consentement soit libre : sans pression, sans manœuvre et sans vice du consentement.
Une proposition de rupture conventionnelle pendant l'arrêt est-elle une discrimination ?
Non, pas à elle seule. La Cour de cassation juge, le 17 juin 2026, que cette seule proposition ne suffit pas à laisser présumer une discrimination liée à l'état de santé. Mais elle peut compter parmi d'autres indices qui, réunis, laissent supposer une discrimination.
Puis-je faire annuler une rupture conventionnelle signée sous pression pendant un arrêt ?
Oui, si vous démontrez un vice du consentement (par exemple des pressions ou une contrainte). L'annulation obtenue rétablit vos droits ; à l'inverse, une convention annulée à cause de l'employeur produit les effets d'une démission, ce qui a des conséquences qu'il faut mesurer avec un avocat.
Que risque l'employeur si mon licenciement est jugé discriminatoire ?
Le licenciement discriminatoire est nul. Le salarié peut demander sa réintégration ou une indemnisation qui échappe au barème habituel, avec un plancher de six mois de salaire, en plus des autres indemnités de rupture.

Un doute sur une rupture conventionnelle ou un licenciement pendant votre arrêt ? Faites le point sur vos droits.

Faire le point sur votre situation
Cet article est d'information générale et ne constitue pas une consultation juridique : chaque situation appelle un examen particulier.
ALTANS SELARL — Maître Dany MARIGNALE, avocat au barreau de Paris, Toque R164 — 5 avenue de l'Opéra, 75001 Paris — dm@altans.fr — 06 22 26 49 65.